MOI ET...Mes talons
Comme je suis très grande (1,63m) je n'en ai pas vraiment l'utilité, mais j'adore les talons
Vous je ne sais pas, mais moi je trouve que cela me donne une allure folle. Folle, c'est le mot, puisque aussitôt chaussé, je me sens obligé d'adopter l'élégante démarche du flamand rose naviguant entre deux nénuphars. Oui les talons sont magnifique a l'arrêt. En mouvement sa se complique quelque peu. Déjà le mouvement en soi est assez lent. J'ignore comment font les autres, mais moi, passé les trois centimètres de hauteur, je me traine. Menton fièrement relevé, épaules rejetée vers l'arrière, j'avance a petits pas prudents, et après tout sur les passages cloutés, les piétons sont prioritaires, alors si j'ai décidé de mettre trois heures pour traverser la route, le monsieur dans la voiture attendre. D'abord il a tout le loisir de me voir passer avec mon allure folle, il devrait s'estimer content.
Surtout ne pas se précipiter.
Car ainsi supérieur au commun des mortels, il est primordial de ne jamais montrer une quelconque impatience. Je prend donc l''air indifférent de la fille qui a toute la vie pour atteindre sa station de bus (Oui je sais en talon en talon il vaut mieux prendre le taxi, mais avec ce qu'il m'ont couté ces fameux talons, je suis déjà heureuse de ne pas devoir rentrer en skate-board). Là, il me reste encore quelque mètres à parcourir et j'aperçois le bus à son arrêt, il met son clignotant, s'apprête à refermer ses portes, pitié, ne pars pas sans moi. Pourtant, je n'accélère pas d'un pouce et adopte le regard lointain de qui se préoccupe peu des contingences matérielles. Les gens qui me voient ainsi snober le bus aussi proche se disent surement « Oh là là, quelle classe, quelle maitrise du temps, quelle nonchalance, quelle sang-froid ! ». Ce qu'il ne savent pas, c'est que, si par hasard il me prenait l'idée de courir, parce que moi non plus je n'est pas que ça a faire, attendre le prochain bus, je me retrouverais a manger le trottoir dans les plus bref délais. Or, même avec des talons, quand on n'a plus de dents et qu'on saigne du nez, l'élégance subit un sérieux revers.
En dehors de cette démarche de mollusque atteignant sa vitesse de pointe, j'avoue mettre également en place une subtile stratégies d'évitement. En Converse, peu importent les plaques d'égouts, les grilles, les pavé, le gazon, je peux même jouer à saute-mouton avec les horodateurs, la vie m'appartient. En talons, rien. Tout est interdit. Sous peine de cheville tordu ou gadin spectaculaire, je me vois obliger de slalomer (avec le menton relevé, j'ai du mérite), et c'est très joli.
Pour préserver un semblant de dignité, il convient, m'a-t-on dit, de s'entrainer chez soi. Moi, chez moi, j'avais coutume de m'entrainer avec des talons de quatre millimètres appelés communément charentaise. Et je me débrouille très bien. En charentaise, je suis super forte et je pensais que cela suffirait. J'avais tord. Pour sa première sortie en talon, Cendrillon a chopé un prince charmant, moi j'ai chopé des ampoules. M'en fous, ça se soigne plus vite. Mais désormais je m'exerce. Et ça me rappelle les retours de boites à 5 heures du mat, en talons je marche exactement de la même façon : sur la pointe des pieds, mais en faisant du bruit. On va pas chipoter pour trois clang clang sur le parquet, les voisins dormiront un autre jour, là je défile.
Votre poids présente un solde créditeur de...
Pourquoi m'infligez cela, me direz-vous ? Parce que les talons vous font une allure pas possible : dos cambré, jambes fines et longues, poitrine bombée, c'est Gisèle Bündchen pour huit centimètres d'achat. Je peux frimer comme une dingue, fou ce que les chaussures influencent l'attitude ( en palme, je la ramène moins ). De plus, comme dit maman, a chaque kilos de pris, ajoute un centimètre de talons. Dans le doute, j'ai pris dix centimètres, je suis donc créditrices de quatre kilos. Et une fois qu'on y a goûté, impossible d'y renoncer. Honnêtement, on vous donnerait le choix entre les fesses d'Halle Berry et celles de Dumbo, vous prendriez quoi ? Ben moi, pareil, je prends des talons. by Sophie Henaff Cosmo avril 2007